Stéphanie Pache

Stéphanie Pache

« Durant ma formation doctorale, j’ai eu la chance de bénéficier d’un programme de mentorat pour femmes. La principale valeur de ce type de programme est l’espace d’échanges et de solidarité qui est offert, en plus de formations spécifiques à de nombreuses compétences professionnelles. »

 

Stephanie_Pache.jpgStéphanie Pache a obtenu son doctorat en Sciences de la vie à la Faculté de biologie et de médecine (FBM) au sein de l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique de l’UNIL en 2015. Depuis 2020, elle est professeure de sociologie du genre et des sexualités au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

 

Titre de la thèse : Politiser la psychologie. Histoire d’une théorie féministe de la pratique psychothérapeutique (États-Unis, 1960-2015).

 

GC : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

SP : Après des études de médecine à l’École de médecine de l’Université de Lausanne, j’ai effectué une thèse à la Faculté de biologie et de médecine en histoire de la médecine. Après un séjour post-doctoral de 3 ans aux États-Unis, je suis aujourd’hui professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.

 

Pourquoi avez-vous choisi d’effectuer un doctorat ?

Durant ma formation, j’étais très intéressée par les sciences humaines et sociales et par les enjeux sociaux et politiques de la santé. Lorsque j’ai commencé ma formation de médecin assistante, j’ai été très choquée par les pratiques sexistes en milieu psychiatrique. J’étais déjà en contact à ce moment-là avec l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique (aujourd’hui, l’Institut des humanités en médecine). Je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose à développer pour analyser les pratiques psychiatriques du point de vue du genre.

 

Aviez-vous un plan de carrière durant votre doctorat ?

D’une certaine façon, oui. Je pensais pouvoir réaliser mon doctorat tout en terminant ma formation clinique en psychiatrie et psychothérapie, mais mener les deux activités en parallèle n’a pas été aussi simple que cela. J’ai décidé à un moment donné que je devais prendre plus de temps pour effectuer ma thèse de doctorat. J’ai alors quitté mon poste de formation clinique pour faire des gardes. Je suis ensuite partie faire un séjour à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris grâce à une bourse de mobilité du Fonds national suisse de la recherche (FNS). C’est à partir de ce moment-là que je suis devenue chercheure à plein temps.

 

Vous êtes professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. Le jour de votre soutenance, auriez-vous imaginé occuper ce poste aujourd’hui ?

Non. J’ai fait ma thèse de doctorat sur l’histoire de la psychologie féministe ; j’ai surtout travaillé sur des auteur·e·s nord-américain·e·s. Au moment de ma soutenance, j’avais soumis une requête auprès du FNS pour une bourse de mobilité post-doctorale pour effectuer un séjour à l’Université de Harvard avec le soutien de la Prof. Rebecca Lemov. Je souhaitais consulter les archives des personnes sur lesquelles j’avais travaillé pendant six ans. Je pensais revenir en Suisse après ce court séjour. J’ai rencontré d’autres professeures du département, comme Sarah Richardson ou Liz Lunbeck, et j’ai finalement demandé et obtenu trois ans de financement. Lors de ce post-doctorat, mes collègues m’ont encouragée à postuler en Amérique du Nord. Il faut dire qu’en Suisse, il y a une réelle absence de postes permanents.

 

En dehors de vos activités d’enseignement et de recherche, exercez-vous d’autres activités ou avez-vous d’autres engagements dans le cadre de votre fonction ?

Je suis arrivée récemment à l’Université du Québec à Montréal donc les choses sont encore en développement. Je cherche à mettre en place des projets pour développer des liens entre des chercheur·e·s qui travaillent sur les questions de santé mentale d’un point de vue historique. Je suis également membre depuis plusieurs années d’un laboratoire sur les violences fondées sur le genre et je fais partie d’une société d’historien·ne·s des sciences comportementales.

 

Qu’aimez-vous le plus dans cette fonction ?

Être payée pour former des personnes et faire de la recherche, c’est un privilège inestimable. Et j’aime enseigner, même si actuellement l’enseignement en ligne est une tâche difficile.

 

Y a-t-il un lien entre le sujet de votre thèse et ce que vous faites aujourd’hui ?

Oui, je continue de travailler sur la manière dont la santé est devenue une culture et un langage en soi dans nos sociétés contemporaines. Mon dernier projet de recherche porte sur la façon dont les violences envers les femmes sont abordées comme un problème de santé publique et questionne l’influence que cela a pu avoir sur les luttes contre les violences et sur les féminismes.

 

Expliquez-nous le parcours qui vous a mené jusqu’à votre poste actuel ?

Durant ma thèse, j’ai séjourné deux ans à Paris à L’École des hautes études en sciences sociales grâce à une bourse du FNS. Ce séjour m’a permis de développer de nombreux contacts. Les rencontres que j’ai pu faire à l’UNIL avec des chercheur·e·s invité·e·s ont aussi été très importantes pour mon parcours. J’y ai notamment rencontré Rebecca Lemov, la professeure à l’Université de Harvard qui m’a accueillie lors de mon post-doc. A Harvard, c’est un doctorant de l’UQAM en visite dans le département qui m’a transmis l’annonce du poste que j’occupe aujourd’hui.

Il y a beaucoup de hasards dans les carrières universitaires, mais ces hasards sont quand même faits de rencontres entre personnes. Ce sont souvent des personnes qui partagent des intérêts de recherche ou des affinités personnelles. Je ne peux que conseiller de fréquenter des événements scientifiques et de ne pas hésiter à échanger avec les personnes que l’on rencontre. C’est autour de ce type de rencontre que se sont construites les prochaines étapes de ma carrière.

 

Pendant votre doctorat, vous êtes-vous préparée à la poursuite de votre carrière académique ?

Oui, mais pas tout de suite. Lorsque j’ai décidé de poursuivre la recherche universitaire, j’ai eu la chance de bénéficier d’un programme de mentorat pour femmes (ndlr : le Réseau romand de mentoring pour femmes). La principale valeur de ce type de programme est l’espace d’échanges et de solidarité qui est offert, en plus de formations spécifiques à de nombreuses compétences professionnelles, comme la gestion de projet. J’ai aussi pu bénéficier de formations à l’Université de Harvard, notamment sur les aspects relatifs au dossier de candidature. Cela m’a été très nécessaire car je connaissais peu le système nord-américain. Je pense qu’il est important que les étudiant·e·s puissent bénéficier de ces ressources ; ce sont des outils qui peuvent être fort utiles.

 

Quel conseil donneriez-vous à un·e doctorant·e ou à un·e post-doc qui prépare la prochaine étape de sa carrière ?

De réfléchir avec qui il ou elle souhaite travailler, c’est-à-dire de réfléchir à l’environnement de travail : être chercheur·e ou enseignant·e, ce n’est pas un travail en solitaire. C’est important d’avoir des soutiens et de l’aide autour de soi et de chercher où sont ces affinités.

 

 

Portrait publié le 7 juin 2021

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