Sandrine Haymoz

Sandrine Haymoz

« Pendant mon doctorat, je me suis préoccupée de ma carrière en essayant de tisser des collaborations intéressantes sur le plan scientifique avec des collègues et avec des professeur·e·s. »

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Sandrine Haymoz a obtenu son doctorat en criminologie à l’Ecole des sciences criminelles de la Faculté de droit, des sciences criminelles et d'administration publique de l’UNIL en 2010. Depuis 2013, elle est professeure à la Haute école de travail social Fribourg (HETS-FR).

Titre de la thèse : Les gangs en Suisse : délinquance, victimisation et facteurs de risque.

 

GC : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
SH : Je suis professeure à la Haute école de travail social de Fribourg et j’ai deux enfants.

Pourquoi avez-vous choisi d’effectuer un doctorat ?
J’ai fait une licence en psychologie, suivie d’une formation postgrade en criminologie. J’ai fait cette formation car je m’étais spécialisée en psychologie en milieu scolaire et je trouvais intéressant de pouvoir travailler avec des adolescents dans le milieu des tribunaux. J’ai aimé étudier la criminologie ; sa dimension pluridisciplinaire m’a permis d’analyser des problématiques selon différents angles. Lors de cette formation, je ne pensais pas encore rester dans le milieu académique et entreprendre une thèse de doctorat. J’ai été passionnée par la recherche que j’ai réalisée dans le cadre de mon mémoire de postgrade auprès du professeur Martin Killias. C’est lui qui m’a proposé de faire une thèse et c’est ainsi que j’ai commencé à effectuer mon doctorat.  

Aviez-vous un plan de carrière durant votre doctorat ?
Pas vraiment. J’étais surtout passionnée et je découvrais le milieu académique en tant que professionnelle. Après avoir été assistante à l’Université pendant quatre ans, j’ai travaillé à 60% à la section droit pénal et criminalité de l’Office fédéral de la statistique durant ma dernière année de doctorat. J’ai décidé de faire une carrière académique lorsque j’ai remarqué que mon emploi à l’Office fédéral de la statistique ne m’épanouissait pas complétement. Ce constat a été l’élément déclencheur. Je me suis rendue compte à quel point j’aime le milieu académique, la recherche, l’enseignement et le contact avec les étudiant·e·s.

Qu’aimez-vous le plus dans cette fonction ?
J’aime partager mes résultats. En faisant de la recherche scientifique, on est un peu coupé de la pratique. J’accorde beaucoup d’importance au fait de communiquer mes résultats de recherche (à la police, aux travailleur·e·s sociaux, aux directeur·trice·s d’écoles, aux enseignant·e·s) pour que cette recherche scientifique ait une utilité. J’aime également énormément l’enseignement et le contact avec les étudiant·e·s, leur communiquer des résultats de recherche et stimuler des interrogations.

En dehors de vos activités d’enseignement et de recherche, exercez-vous d’autres activités ou avez-vous d’autres engagements dans le cadre de votre fonction ?
Non, à l’exception de mon implication dans un réseau de chercheur·e·s travaillant sur la problématique des gangs. Je donne aussi parfois des cours en criminologie à l’Université de Lausanne et je suis occasionnellement membre de jury de thèse de doctorat.

Y a-t-il un lien entre le sujet de votre thèse et ce que vous faites aujourd’hui ?
Oui, totalement. Mon sujet de doctorat portait sur les gangs de jeunes en Suisse ; j’ai analysé la délinquance de jeunes qui font partie de gangs ainsi que leur victimisation et les facteurs de risque. Je continue d’analyser ce phénomène aujourd’hui, tant sur le plan national qu’international. Je mène par exemple une grande enquête internationale sur la délinquance juvénile et la victimisation à laquelle participent cinquante pays, c’est l’une des plus grandes enquêtes au monde sur cette thématique. Le sujet de ma thèse m’a accompagnée tout au long de ma carrière académique.

Expliquez-nous le parcours qui vous a mené jusqu’à votre poste actuel ?
J’ai tout d’abord fait deux ans d’assistanat à l’Université de Lausanne. Mon directeur de thèse est ensuite parti à l’Université de Zurich ; je l’ai suivi en tant qu’assistante pendant deux ans de 2006 à 2008. Parallèlement à mon assistanat à l’Université de Zurich, j’ai occupé un poste à 10% à la Haute école de travail social de Fribourg dans lequel j’étais chargée de superviser les travaux de mémoire des étudiant·e·s. Dans le cadre de cette activité, j’ai rencontré un professeur qui était intéressé par la thématique de la délinquance juvénile. Nous avons décidé de mettre en place un module d’enseignement sur ce thème. Suite à cette collaboration, j’ai commencé à donner des cours à la Haute école de travail social de Fribourg en 2007. J’ai quitté mon poste d’assistante à l’Université de Zurich fin 2008 en raison d’un déménagement dans une autre partie de la Suisse. J’ai alors travaillé à l’Office fédérale de la statistique durant la dernière année de mon doctorat. J’ai occupé ce poste jusqu’à mon départ à l’Université d’Irvine en Californie où j’ai effectué un post-doctorat financé par une bourse de mobilité du FNS de 2011 à 2012. À mon retour, j’ai été engagée comme professeure à la Haute école de travail social de Fribourg. Le fait d’avoir été directrice de mémoire, d’avoir eu des tâches d’enseignement et d’avoir déjà proposé des projets de recherche dans cette institution a été un avantage pour obtenir ce poste. J’ai été nommée professeure ordinaire en 2019.

Les rencontres que j’ai pu faire avec des professeur·e·s ou avec des personnes passionnées ont joué un rôle important dans mon parcours et m’ont donné l’envie de continuer dans l’académique. Lorsque j’ai décidé de faire un post-doc, j’ai contacté une professeure de l’Université d’Irvine que j’avais rencontrée à plusieurs reprises lors de congrès. Je lui ai écrit pour lui dire que je souhaitais faire un post-doc sur la thématique des gangs et lui demander s’il était possible de faire cette recherche auprès d’elle. Elle m’a annoncé très peu de temps après qu’elle était prête à m’accueillir. Cette nouvelle a été un moment fort qui a vraiment orienté ma carrière, tout comme lorsque j’ai reçu la réponse positive du FNS.

Pendant votre doctorat, vous êtes-vous préparée à la poursuite de votre carrière académique ?
Oui et non. Pendant mon doctorat, je me suis préoccupée de ma carrière en essayant de tisser des collaborations intéressantes sur le plan scientifique avec des collègues et avec des professeur·e·s. Je pense que ce qui m’a beaucoup aidée, c’est de ne pas avoir hésité à entrer en contact avec des professeur·e·s lors de congrès. De cette façon, j’ai pu tisser un réseau de relations. Certaines de ces rencontres ont été déterminantes. Lorsque j’étais doctorante, j’ai par exemple rencontré un professeur de l’Université de Gênes à qui j’ai proposé une collaboration (un travail comparatif Suisse-Italie sur le thème des gangs). Il a été ravi de la proposition. Cette personne m’a ensuite beaucoup aidée dans mon processus de thèse : il m’a par exemple donné de bons conseils et m’a recommandé des ouvrages. Cette rencontre a été extrêmement motivante. Nous continuons d’ailleurs d’écrire des articles ensemble.

Quel conseil donneriez-vous à un·e doctorant·e ou à un·e post-doc qui prépare la prochaine étape de sa carrière ?
De ne pas hésiter à aller vers des professeur·e·s qui travaillent sur les mêmes thématiques et à proposer des collaborations intéressantes. Un autre conseil est de rester passionné·e : pour être chercheur·e·s, il faut avoir cette passion et cette curiosité, tout comme pour enseigner.


Portrait publié le 15 février 2021

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